Les estacades de Jersey-Mills au siècle dernier Ce n'est pas d'hier qu’on parle des débâcles en Beauce. Les historiens mentionnent que déjà en 1740 les riverains de la Chaudière commencèrent à se préoccuper des dommages causés par les crues printanières. En 1842, on signale que le pont de la Famine a été emporté par les glaces. Hélas, la situation ne s'est pas améliorée par la suite, puisque, au fil des ans, l'agglomération de Saint-Georges se développait continuellement, de sorte que les dommages causés par les inondations augmentaient également. Les gens déploraient subir des dommages presque à chaque année et de plus en plus réclamaient des correctifs à cette problématique récurrente. En 1926, le conseil municipal demande au gouvernement de construire des quais de béton dans la rivière Chaudière à un demi-mile en amont du village, pour briser les glaces et réduire les risques d'embâcles ou d'inondations. Aucune réponse. Or, les débâcles de 1928 et 1929 furent parmi les pires et causèrent d'énormes dommages. N'en pouvant plus de subir ces catastrophes répétitives, les Géorgiens ont pris les choses en main. On décida d'ériger ce qu'on appelait alors des piliers de pierre et de bois dans le secteur de Jersey-Mills pour briser les glaces déferlantes et diminuer les inondations. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui des estacades. C'est en 1929 et 1930 qu'on a courageusement aménagé ces énormes brise-glaces. C'était pas très loin d'où se trouve aujourd'hui le barrage Sartigan. On voulait autant que possible éviter de travailler dans l'eau, car les billots seraient aussitôt partis à la dérive. Ce fut un énorme chantier. Il semble qu'on a implanté sur le site des fondations constituées de grosses pierres au cours de la période d'étiage à l'été 1928, constituant ainsi des plateformes dépassant légèrement le niveau de l'eau, pour réussir à travailler hors de l'eau par la suite. L'exécution des travaux a dû être difficile car on travaillait à la fois sur terre, mais aussi sur la glace, d'après ce qu'on voit sur les photos. Froid et humidité n'ont pas dus être faciles à endurer. La Bibliothèque et Archives Nationales du Québec (BAnQ) ont beaucoup de photos de ces imposantes structures à Saint-Georges. Nous en publions ici quelques-unes. La photo 1 nous montre les six estacades dans leur ensemble. Les travaux se sont échelonnés sur une période de deux ans, 1929 et 1930. Il a fallu transporter de grandes quantités de gros madriers (photo 2). Les poutres utilisées étaient énormes (photo 3). On avait accès au site des estacades en passant par la rive ouest (photo 4). C'est à bras d'hommes, avec des chevaux, qu'on a procédé à ces installations laborieuses (photo 5). On avait numéroté les estacades de 1 à 6, la première étant du côté ouest. Il fallait les hisser jusqu'au sommet avec des poulies, la force des chevaux étant nécessaire pour cette lourde tâche (photo 6). On aménageait une montée pour les chevaux pour tirer les chargements de pierre allant remplir les caissons (photo 7). Remarquez une des estacades où on voit le dessus rempli de pierres (photo 8 ). Même les dames allaient constater l'évolution des travaux (photo 9) parfois avec des enfants (photo 10). Tous ces ouvriers ont dû être très fiers que leurs estacades aient résisté à la débâcle de 1930, on voit l'amoncellement de glaces à le photo 11 le 8 avril 1930 et les mêmes lieu le 14 avril 1930 à la photo 12. Les estacades ont donc eu le dessus sur les glaces pendant quelques années, comme le démontre une photo de 1932 (photo 13). Mais, malgré le travail acharné des constructeurs, ces brise-glaces se sont graduellement détériorés, et ont fini par devenir obsolètes, comme le démontrent les photos 14 et 15 de 1942. Toutes les photos sont de la BAnQ sauf la photo 10 qui est du fonds Jean-Frédéric Chrétien. Texte et recherches de Pierre Morin.